jeudi 2 juillet 2015

Nanterre - En prison avec un député

Le député des Hauts-de-Seine Thierry Solère a donné rendez-vous au Point.fr dans un endroit peu habituel : la maison d’arrêt de Nanterre. Suivons-le.
 
"Bonjour, je suis Thierry Solère, député des Hauts-de-Seine, je viens pour visiter la prison avec des journalistes." La voix qui répond de l'autre côté de l'hygiaphone ne semble pas surprise. Quelques minutes plus tard, on nous demande nos papiers d'identité et on nous fait patienter dans un sas. Le personnel de l'administration pénitentiaire commence à être habitué à ces parlementaires qui, depuis 2000, sont autorisés à débarquer à l'improviste dans toutes les prisons de France. Un peu moins aux journalistes qui les accompagnent, ces derniers ayant acquis ce droit en avril sous l'impulsion de l'ex-homme d'affaire Pierre Botton et de son association Ensemble contre la récidive. Une petite révolution dans le monde très fermé de l'administration pénitentiaire.

Nos portables sont invités à nous attendre dans un casier. En revanche, comme le prévoit le décret, nous avons le droit de filmer. On passe le portique de sécurité. Notre député se retrouve lui aussi en chaussettes, sans ceinture et en bras de chemise...

C'est le directeur de la maison d'arrêt qui nous accueille : Jimmy Delliste, un petit homme en costume gris qui ne lâche pas son talkie-walkie. Son établissement est le premier à être sorti de terre en 1990 dans le cadre du programme dit Chalandon, une prison dont la gestion est déléguée à un partenaire privé. Les principaux soucis du directeur et de son adjointe, Alexandra Degros, en dehors de la canicule qui sévit ce jour-là, sont le turn-over des agents –– qui ne restent pas plus de trois ans en poste –– et la surpopulation. Alors que la capacité d'accueil est de 592 places, on avoisine les 1 000 détenus (un tiers de prévenus, deux tiers de condamnés), soit un taux de surpopulation de 180 % ! Ici, pas de matelas au sol, des lits ont été ajoutés.

Tuer le temps

La situation est un peu tendue en ce moment, avec quelques rixes en cellule et en promenade.
Après le petit topo du directeur, nous décidons du programme. La loi nous autorise à aller où l'on veut et à pénétrer dans n'importe quelle cellule. Direction le quartier des arrivants. C'est là que les détenus passent leurs premiers jours (entre 4 et 11 jours, en principe). Ils y voient un médecin, un conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation, la scolarité... Et surtout ils tuent le temps.

Un surveillant nous ouvre la porte d'une cellule. La télé ronronne dans la pièce. À l'étage d'un lit superposé, on aperçoit Moussa*, allongé, les bras derrière la tête. Il coche les jours passés ici sur une feuille blanche : douze déjà. Ce prévenu pourrait être condamné prochainement à treize mois ferme. Il va devoir s'habituer aux murs défraîchis, au sol en béton, aux toilettes derrière la porte battante, au petit lavabo pour remplacer la douche (autorisée trois fois par semaine)... Comme une fenêtre vers l'extérieur, il a accroché au-dessus de sa tête une photo d'un troupeau de brebis qui suivent leur berger dans la montagne.

"Vite fait"

Quartier des mineurs. L'un des plus petits de France avec 18 places. Pas de surpopulation en ce moment. Des jeunes de 13 à 18 ans échouent là après être passés par des centres éducatifs fermés. Pour cette classe d'âge, on dénombre déjà beaucoup d'affaires de "mœurs", pour ne pas dire de viols ou viols en réunion, nous précise une représentante de la protection judiciaire de la jeunesse. Les autres sont là pour des braquages, vols avec violence, trafics de stups... Tous sont obligés de suivre des cours, certains ont passé "vite fait", comme ils disent, le brevet la semaine dernière. Mourad, Karim et Timothée* zonent sur le terrain de sport en plein soleil. Notre député va les voir derrière le grillage. Il se présente. "C'est qui la droite, déjà ? C'est Sarkozy ?" dit l'un d'eux. Aucun n'a de projet de formation en tête.

On passe devant une salle polyvalente qui sert aussi bien à faire du judo qu'à prier. Le vendredi, ils sont une centaine à s'y rendre et le dimanche, une soixantaine. Puis on aperçoit la cour de promenade : deux pigeons morts et des détritus qui s'amassent.

À l' "iso" avec les "terro"

Dernière étape : le quartier d'isolement, au deuxième étage du bâtiment. Dix places y sont réservées par l'administration pour les cas les plus sensibles, comme les "terro". La direction antiterroriste n'est pas loin, à Levallois-Perret. À l' "iso", ce jour-là, on tombe sur Michel*. Dans sa cellule briquée, ce jeune homme à la barbe taillée et à l'élocution parfaite confie être un ancien policier...

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