samedi 10 novembre 2018

Brest. Le gardien livrait à domicile... à la maison d'arrêt

Entre janvier 2014 et février 2015, ce surveillant pénitentiaire a participé à un vaste trafic à Brest. Les détenus passaient commande, il livrait. Il a été condamné à 3 ans de prison.

Brest. Le gardien livrait à domicile... à la maison d'arrêt

Ce 15 février 2015, c'est l'heure de la fin du service pour les surveillants pénitentiaires de la prison de Brest. L'un d'entre eux remarque le comportement inhabituel d'un de ses collègues :
il reste assis au volant de sa voiture, puis prétextant avoir oublié quelque chose, il regagne l'enceinte de la prison. Son attitude étrange fait naître des soupçons qui seront vite confirmés.

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Au niveau de son vestiaire, l'homme laisse échapper un sac qui contient téléphones portables, chargeurs et carte Sim. Une livraison destinée à des détenus.

Un trafic rôdé

Devant le tribunal correctionnel de Brest, l'ancien gardien de prison est confus dans ses explications. Fluet, cet homme de 54 ans, vêtu de noir, était accro aux paris hippiques. Il a cédé à l'appât des gains faciles pour financer ses dépenses et a participé au trafic mis en place, entre janvier 2014 et février 2015, par plusieurs détenus. Sept personnes, qui purgeaient une peine au moment des faits, comparaissent d'ailleurs à ses côtés pour ces faits.

Lors de son audition, le prévenu avait « chargé » d'autres collègues, quatre ou cinq, qui auraient pris part au trafic. Des propos qu'il dément devant le tribunal. Il se fait néanmoins plus disert, tout comme les anciens détenus, au moment d'évoquer « le service de livraison » institué.

Comme pour les services de vente par correspondance les plus établis, tout était pensé. La liste des produits au catalogue est édifiante, les tarifs imbattables : 50 à 70 € le portable, qui était ensuite revendu deux fois plus cher par les détenus ; du cannabis, plus rarement, pour 120 € les 100 g ; de la vodka en petites bouteilles plastiques... « Pour un apéro cellule », ironise le président. L'ancien surveillant ira même jusqu'à livrer un narguilé !

« Club Med pénitentiaire »

Des rendez-vous dans plusieurs endroits de Brest, de Bellevue à Lambé, avec les « fournisseurs » de portables, consoles de jeux et stupéfiants étaient organisés depuis la prison. Le gardien s'y rendait et l'échange se faisait dans son véhicule. Les perquisitions dans son casier et à son domicile l'ont confirmé.

Pendant l'audience, l'image de la prison de Brest a été sérieusement écornée. Un « Club Med pénitentiaire », dont la réputation était connue dans toute la France selon les prévenus. Arès avoir travaillé à Fresnes, le gardien s'étonnait que les surveillants ne soient pas fouillés à l'entrée. « Vous savez, à l'époque, la maison d'arrêt, c'était le foutoir. » Quand le trafic a été mis au jour, les rumeurs allaient pourtant bon train, alimentant les discussions des surveillants. « Ça sentait le roussi », confesse le gardien.

Dans son réquisitoire, la procureure s'est attardée sur les difficultés de la profession de surveillant et a déploré le discrédit jeté sur celle-ci par de telles affaires. Elle a demandé 3 ans d'emprisonnement pour le gardien et des peines de 18 à 12 mois et un TIG (travail d'intérêt général) pour les autres prévenus. Après un long délibéré, le tribunal a suivi ces réquisitions. L'ancien gardien sera en outre privé de tout poste dans la fonction publique.

Ouest-france



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