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samedi 8 octobre 2016

La vie à la centrale d’Ensisheim

Un détenu de la maison centrale d’Ensisheim a été condamné, hier à Colmar, pour trafic de stupéfiants, détention d’un téléphone portable et violences contre un codétenu. 

Quatre autres personnes comparaissaient à ses côtés.

Si l’affaire évoquée durant plus de sept heures, hier au tribunal correctionnel de Colmar, s’est dégonflée par rapport au point de départ de l’enquête, elle a permis de mettre en lumière le quotidien de la centrale d’Ensisheim, digne d’une série télé.



« Le Polonais orchestre un trafic de stup… » C’est la dénonciation d’un détenu de la centrale qui a conduit Radoslaw Holowacz devant les juges, hier. Un procédé contesté par le prévenu : « Il voulait obtenir son transfert et, pour ça, était prêt à dire n’im-porte quoi ! »

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Ce condamné de 38 ans aurait repris le business d’un autre détenu – condamné pour cela à quatre ans de prison en 2014 – avec le même mécanisme et le « même personnel »… Selon le dénonciateur, le cannabis entrait via le parloir et un détenu auxiliaire vidéo, ayant accès aux différents étages de la prison, était chargé de remettre la drogue et d’encaisser l’argent ou la rémunération du deal en produits cantinables.

« C’est un panier de crabes »

L’enquête est lancée. On exploite la téléphonie, on fait des écoutes, on liste les produits cantinés et on entend de nombreux témoins.

Sur la question du trafic, seul deux ou trois détenus accusent le prévenu, dont un client qui dit avoir acheté directement le cannabis à Radoslaw Holowacz en échange de cartouches de cigarettes.

Il y a aussi trois mandats envoyés à la sœur du prévenu pour un total de 1 000 €. « Des prêts d’amis et la vente d’un pantalon », affirme Radoslaw Holowacz.

L’homme reconnaît des dépannages, mais pas de trafic. Et il banalise : « La résine est omniprésente dans les prisons ! » On lui objecte encore l’utilisation d’un téléphone portable.

« C’était pour appeler ses proches, pas pour organiser un trafic », rétorque son avocat, Me Margulis, de Paris. Ce dernier précise que d’autres se sont servis du mobile duquel sont partis 11 000 appels en un an ! Confirmation d’un coprévenu, qui explique avoir utilisé le téléphone « contre des cartes de rechargement à 10 € ».

Concernant les témoins à charge contre lui, Radoslaw explique : « La prison, c’est un panier de crabes. Parfois, c’est juste par jalousie par rapport à un physique ou même une paire de baskets, croyez-moi ! »

« En prison, les téléphones tournent »

Un autre volet concerne la possession de téléphones portables et des communications illicites entre des détenus et leurs familles.

Cette affaire démarre par la découverte d’un téléphone lors de travaux d’entretien dans la cour de promenade.

Les enquêteurs découvrent qu’un détenu, Patrick Lacheb, a profité d’une permission pour voler la carte sim de son frère et la ramener en prison. Des centaines d’appels ont été passées.

Le prévenu précise que tous ne l’avaient pas été par lui. « En prison, les téléphones tournent, c’est comme ça ! » Dans sa cellule ont été également trouvés 40 grammes de cannabis : « Un codétenu m’avait demandé de le conserver, je pouvais prélever ma consommation. »

La sœur de Radoslaw comparaissait de son côté pour avoir remis une carte sim à son frère lors d’un parloir et pour avoir reçu de nombreux appels téléphoniques de lui (quelque 4 500 en un an). Idem pour un autre prévenu qui avait aussi accepté des appels de son frère détenu à Ensisheim.

Stéphanie Issenlor, pour le parquet, a requis jusqu’à trois ans de prison pour le principal prévenu. Me Nicolas, pour Patrick Lacheb, dénonce « un fantasme de trafic remplacé par un autre ». Me Margulis s’en prend aux enquêteurs : « On est parti du fait que M. Holowacz était coupable et on a cherché à le prouver. » Concernant la présence de téléphone en prison, il lance : « Il ne faut pas être hypocrite ! Si l’administration ne voulait vraiment pas de conversations illégales, il suffirait de mettre un brouilleur au sommet de la prison… Mais il y a un intérêt pour elle : pouvoir écouter ce qui se dit en prison ! »

Radoslaw Holowacz a finalement écopé de 15 mois de prison et Patrick Lacheb, de huit mois. Les trois autres ont été condamnés à quatre mois ferme, trois mois avec sursis et un mois avec sursis.

L'Alsace

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