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mercredi 12 octobre 2016

La fuite des surveillants pénitentiaires

Les récents incidents dans les prisons françaises ont révélé aussi la déprime des matons. Au point de pousser nombre d’entre eux à la démission. Enquête.


Le sourire est large et la démarche conquérante. Les acteurs du dernier spot publicitaire de l’administration pénitentiaire incarnent l’image d’un surveillant de prison épanoui. Et "fier", martèle la voix off.



Une mise en scène qui semble très éloignée de la réalité comme en témoigne la mutinerie survenue à la maison centrale de Valence, le 25 septembre. Trois détenus ont agressé deux gardiens avant de s’emparer des clefs de l’un d’eux, d’ouvrir plusieurs cellules et de mettre le feu à des matelas.

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La surpopulation des prisons, le manque de personnel, les budgets serrés sont à l’origine de plusieurs maux de l’univers carcéral.

Des maux qui donnent le blues aux surveillants pénitentiaires, des maux qui les font fuir. Comme annoncé dimanche dernier dans le JDD, 1.000 postes, sur les 38.000 existants, sont vacants à l'administration pénitentiaire. Malgré des salaires plutôt attractifs, de nombreux surveillants quittent leur emploi.

«Je n'ai connu en 22 ans de carrière que des désillusions»

Pour O.P, qui a souhaité conserver l’anonymat, quitter son poste était devenu vital. "Au fil des années, j’ai eu une sensation de ras-le-bol. C’est un travail très compliqué où l’on fait bien souvent des sacrifices familiaux, où l’on est isolé socialement", confie-t-il.

Cet homme de 28 ans a changé d’administration pour devenir douanier, et il s’en réjouit : "Le changement a été radical. Dans mon nouveau métier, j’ai une certaine reconnaissance alors qu’avant j’étais dévalorisé."

Le terme se retrouve également dans la bouche d’un ancien surveillant pénitentiaire, devenu agent immobilier en Charente-Maritime : "Je n'ai connu en 22 ans de carrière, si on peut appeler ça carrière, que des désillusions, des déceptions, des dévalorisations. Je le dis sans aucune retenue : 22 ans de ma vie perdus." L’agent immobilier ajoute que "la hiérarchie est incompétente, cynique et systématiquement prête à vous sanctionner."

Aux yeux des deux hommes, être surveillant pénitentiaire n’est une vocation pour personne.

"Toute la journée on trime, toute la journée on se fait insulter"

Les gardiens fuient les prisons et le recrutement piétine. 26.734 personnels de surveillance sont en poste pour 77.291 personnes écrouées en France, et ce n’est clairement pas assez pour Bernard Cabon, un ancien gardien de la maison centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin) (NB : contrairement à ce qui est écrit, je suis toujours surveillant et non "ancien gardien"), désormais représentant syndical de l’UFAP-UNSA Justice.

Le syndicaliste décrit un métier épuisant, avec un rythme infernal et des heures supplémentaires à outrance.

L’intérêt du travail ne compense pas cette lourde charge : "Toute la journée on trime, toute la journée on se fait insulter", déplore-t-il (NB : il manque "dans certains établissements").

D’après le récent rapport au parlement du ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, sur l’encellulement individuel, l’administration pénitentiaire comptait 306 départs volontaires chez les surveillants en 2014, 361 en 2015.

Et 10% des nouveaux gardiens quittent leur travail dans les trois ans suivant leur recrutement. Un abandon du métier qui n’étonne pas Bernard Cabon : "Je comprends les gens qui démissionnent, où est l’attractivité du travail ?" (NB : il manque "vu le peu de reconnaissance manifesté") Pas dans le salaire, une jeune recrue touchera environ 1.500 euros brut.

«Tous les problèmes qu’on vit dans la taule, on les ramène chez soi»

Le blues des gardiens n’a pas épargné le journaliste et écrivain Arthur Frayer, qui a enquêté au cœur des prisons en 2009, après avoir passé le concours de surveillant pénitentiaire.

L’auteur de Dans la peau d’un maton avoue même avoir arrêté son reportage plus tôt que prévu, à bout.

"Ouvrir des cellules, les refermer, envoyer les détenus au parloir, à la douche, en promenade...", les tâches en apparences simples se compliquent grandement avec la surpopulation carcérale et les conflits permanents avec les détenus.

"Tous les problèmes qu’on vit dans la taule, on les ramène chez soi, livre Arthur Frayer. La prison nous habite."

JDD

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