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jeudi 6 octobre 2016

Prisons : Valls à Agen pour convaincre

Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas sont aujourd'hui en visite à Agen ou ils rencontreront notamment les élèves de l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire. 

Seysses connaît aussi la surpopulation carcérale/Photo DDM

Ils vont décliner et défendre leur plan ambitieux pour lutter contre le fléau de la surpopulation carcérale.



Le Premier ministre Manuel Valls est en visite dans le Lot-et-Garonne en compagnie de Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice. Il se rendra dès ce matin à l'École nationale de l'administration pénitentiaire (Enap) d'Agen.

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Quel symbole de s'adresser ainsi directement aux futurs surveillants de prisons alors que la «pénitentiaire» n'en peut plus de servir d'exutoire à tous les maux de la société sur fond de polémique récurrente sur le «fléau» de la surpopulation carcérale.

Il s'agira de «vendre» devant les élèves les mesures du rapport Urvoas qui veut améliorer et accroître le parc pénitentiaire, avec l'objectif ambitieux d'un détenu par cellule, affirmé dès… 1875. Un temps d'échange est également prévu avec les élèves, ce qui devrait apporter un éclairage sur une question qui interpelle la société : pourquoi et comment devient-on «maton de la nation» ?

La prison, thermomètre sécuritaire

Quant aux enjeux, ils sont désormais connus de tous, presque tout le monde est d'accord sur le constat, mais presque personne ne l'est sur les solutions, surtout quand la fièvre politique monte, le thermomètre s'affole, la surenchère liée aux primaires à droite n'arrangeant évidemment rien.

Revenons à l'essentiel : comment une politique pénitentiaire peut-elle être un élément majeur de la lutte pour la sécurité publique ? Comment la sécurité peut-elle être assurée dans les prisons pour les personnels et les détenus eux-mêmes ? Comment la dignité de chacun, détenus et personnels, peut-elle être assurée dans des conditions décentes conformément aux principes qui fondent la République ? On notera à cet égard que Manuel Valls est ensuite attendu à Marmande où il dévoilera la plaque de la chambre détachée du tribunal de grande instance.

Des alternatives au «tout carcéral»

L'occasion de souligner que le problème urticant des prisons est révélateur d'un plus grand malaise, celui de la Justice, trop longtemps laissée en voie de paupérisation. Une justice méprisée ouvertement par un ancien Président (Sarkozy traitant les magistrats de «petits pois»), toujours soupçonnée de laxisme alors que les politiques de prévention (où en est la Protection judiciaire de la jeunesse ?) et les peines alternatives ou de substitution insuffisamment proposées (lire interview ci-dessous) pourraient constituer un début de solution à la surpopulation carcérale.

Est venue s'ajouter dans une problématique déjà plombée, la question des radicalisés, liée à la lutte contre le terrorisme. Faut-il les regrouper ? Faut-il leur accorder une cellule individuelle alors que le voleur de mobylette n'y a pas droit ?

Des questions d'efficacité qui se croisent avec des questions d'éthique ! En écho, les élèves surveillants répéteront peut-être au Premier ministre ce témoignage d'un syndicaliste publié dans La Dépêche (édition du Lot-et-Garonne du mercredi 5 octobre) : «Dans les salles de classe de l'Enap, tout le monde n'a pas une chaise. Dans les chambres individuelles, les élèves se retrouvent à plusieurs, avec ce que cela peut engendrer de promiscuité dans la vie quotidienne et sur la qualité de la formation». En somme, des élèves à bonne école pour leur futur métier ? La rénovation et l'extension de l'établissement sont aussi des impératifs pointés par les syndicats. Ils espèrent dès aujourd'hui une annonce en ce sens du Premier ministre.

Zoom

«On travaille avec la peur au ventre»

«C'est de plus en plus souvent avec la peur au ventre que l'on prend notre service. En arrivant, je me dis : pourvu que tout se passe bien, que je ressorte entier ce soir». Jean-Pierre Soudier-Miquel, 38 ans, est surveillant principal à la maison d'arrêt de Seysses (Haute-Garonne).

C'est en 2003 qu'il est entré dans la pénitentiaire. «En 13 ans, malheureusement, j'ai vu la situation terriblement se dégrader. Nous ne sommes pas assez nombreux pour remplir à bien notre mission et assurer notre sécurité et celle des détenus. Pas mal de collègue sombre d'ailleurs dans la dépression» déplore-t-il.

Le quotidien de Jean-Pierre Soudier-Miquel devrait être réglé comme du papier à musique mais, «les incidents et agressions se multiplient de plus en plus».

Chaque matin, à 6 h 45, il inspecte seul les cellules d'une centaine de prisonniers «pour voir s'ils sont toujours en vie, s'il n'y en a pas qui sont en détresse physique ou psychologique, notamment les malades mentaux qui, pourtant, devraient être dans des centres spécialisés».

Mais, à chaque fois, ce travail est un coup de poker : «Je ne sais jamais si je vais, ou non, être pris à partie par un détenu. Dans pas mal de cellules, du fait de la surpopulation, il y aune tension énorme et c'est aussi sur nous qu'elle rejaillit».

Plusieurs fois, il lui est arrivé d'être insulté, menacé et bousculé : «Dans ces cas-là, il faut prévenir au plus vite ses collègues avec notre alarme portative, sinon ça peut très mal tourner d'autant que l'on est pratiquement toujours seul dans la coursive avec plusieurs détenus».

Les repas qui, pendant longtemps, ont été un moment d'apaisement sont aujourd'hui source de très nombreux conflits : «Par restriction budgétaire, les barquettes individuelles ont entraîné le retour de la «gamelle» collective. Du coup, on nous reproche de servir de la m.…. Il arrive même que certains nous envoient l'assiette à la figure. Et puis, ça nous prend encore plus de temps,…du temps que l'on ne pourra pas consacrer à d'autres tâches davantage liées à l'écoute, au règlement de problèmes rencontrés par les prisonniers».

à l'instar de la plupart de ses collègues, Jean-Pierre Soudier-Miquel considère que l'article 57 de la loi pénitentiaire de 2009, qui proscrit la fouille complète du détenu, «permet de faire rentrer de la drogue et des téléphones portables en quantité».

Depuis le début de l'année, ce ne sont pas moins de 6 kg de résine de cannabis et 500 mobiles ont été saisis à Seysses. Des cartouches de fusil ont même été découvertes dans une cellule.

«Ce n'est qu'une infime partie de ce qui rentre par les parloirs et par l'envoi de colis dans l'établissement par des lanceurs extérieurs qui sont de plus en plus nombreux».

Ici aussi une Unité spécifique à destination des «radicalisés» est en projet mais… «mais on ne sait pas comment elle fonctionnera», s'interroge Jean-Pierre Soudier-Miquel qui constate que «ces extrémistes sont de plus en plus nombreux dans l'établissement».

Ce surveillant clame qu'il «est plus que temps de mettre en place une autre politique carcérale si l'on ne veut pas que les prisons explosent».

La Dépêche

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