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dimanche 21 août 2016

Bapaume : il reçoit sa première visite au parloir après… 38 ans de prison

Benoît (*) ne souhaite cela à personne, même à son pire ennemi. Depuis quelques semaines, cet ancien détenu du centre de détention de Bapaume rend visite à son ex-codétenu, 65 ans. 


Un détenu de la prison de Bapaume n’a pas eu la moindre visite au parloir en trente-huit ans de détention. PHOTO BONNIERE PASCAL


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La particularité de ce dernier : il n’a pas eu la moindre visite au parloir en trente-huit ans de détention. Un isolement total dont souffrent certains détenus en France.



Benoît est sorti de prison le 13 juillet 2015. Derrière les barreaux du centre de détention de Bapaume, où il a été incarcéré entre 2008 à 2015, il a partagé le quotidien de Michel. Un homme désormais âgé de 65 ans qui, depuis trente-huit ans qu’il est en prison, n’avait jamais reçu la moindre visite.

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Ses seuls contacts humains ? Les surveillants, l’administration pénitentiaire et ses codétenus.

Selon Benoît, Michel a été condamné a perpétuité dans une affaire de meurtre. Il aurait pris tout sur le dos, son coaccusé étant mort en détention provisoire avant le procès.

Depuis, l’homme mène une existence pour le moins solitaire puisqu’il n’aurait jamais reçu la moindre visite en prison jusqu’au mois de juin. Et encore, il a fallu qu’un ancien prisonnier passe le voir pour remédier à cela.

Ses codétenus, sa seule famille

Le détenu n’a-t-il pas de famille ? « Il avait ses garçons au téléphone de temps en temps mais c’est fini, ils ne sont jamais venus le voir, assure Benoît. En sortant, je lui avais promis que je retournerai le voir. J’ai finalement été son premier parloir en trente-huit ans. Il n’en avait jamais eu, c’est pour ça que j’en ai fait la demande. Sa famille, c’était moi et quelques codétenus. »

Depuis, il a bénéficié d’un autre parloir le 7 août, le prochain est prévu le 21 août. « C’est quelqu’un d’assez âgé maintenant, renfermé en lui-même et démoralisé, décrit Benoît. On lui a apparemment annoncé qu’il ne pourrait pas sortir avant dix ans. Il aura 75 ans. En gros, ce sera pour aller en maison de retraite. Pourquoi Lucien Léger (l’ancien plus vieux détenu de France, NDLR) a pu sortir et pas lui ? C’est le faire mourir à petit feu, on ne peut pas laisser quelqu’un comme ça ».

La cigarette, son loisir

Le quotidien de Michel se résumerait à fumer des cigarettes, boire du café le matin dès 7 h 30 à l’ouverture des portes, discuter un peu, rester dans son lit et regarder parfois la télé, « parce que ça fait une présence » selon Benoît.

« De temps en temps j’arrivais à le faire sortir en promenade mais il n’y restait jamais longtemps, il était toujours pensif, seul dans ses mémoires, décrit son ancien codétenu. Ses loisirs c’est sa cigarette. Sa vie est foutue. Il mangeait peu, il pesait à peine 50 kilos quand je suis sorti. Cela me dépasse de laisser mourir quelqu’un comme ça. Ce qu’il vit est plus dur que la peine de mort. Il aurait moins souffert ».

Jean-Marie Charlet, de l’association Présence qui intervient en milieu carcéral, se dit lui « effrayé par cette solitude ». « C’est un homme abandonné de tous sauf par ses codétenus, poursuit-il. Certes, il a commis un acte grave pour être condamné à perpétuité. Après, les gens pensent plus à la sécurité qu’au pardon maintenant. Il faut rappeler que l’enfermement, c’est quelque chose vous savez ».

(*) Prénom d’emprunt.

La Voix du Nord

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