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mercredi 10 août 2016

Meubles cassés, murs moisis, 45 degrés en cellule : je suis gardien à la prison de Nîmes

Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas se sont rendus, ce 8 août, à la maison d'arrêt de Nîmes, qui détient le record français de surpopulation carcérale. Ils y ont annoncé un plan pour les établissements pénitentiaires, qu'ils présenteront à l'automne. 


Patrick Urli, surveillant et secrétaire local FO pénitentiaire à la prison de Nîmes, alerte les pouvoirs publics sur cette situation catastrophique depuis des années.



En se rendant à la prison de Nîmes, où je travaille depuis huit ans, Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas ont pu mesurer l’ampleur de ce que l’on dénonce déjà depuis plusieurs années. Notre maison d’arrêt, mise en service il y a plus de 40 ans, est dans une situation catastrophique.

40 matelas au sol

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L’établissement, prévoyant 192 places en incarcération individuelle, accueille aujourd’hui 408 détenus, qui sont tous, au minimum, deux par cellule. Nous avons en plus actuellement 40 matelas posés à même le sol ou sur des armoires couchées, amenant à trois le nombre de détenus dans certaines cellules, où le mobilier est à moitié cassé et les murs extrêmement humides. Côté nord, les murs deviennent noirs de moisi quand l’automne arrive.

Comment s’étonner d’une escalade de la violence dans ces conditions ? On parque des êtres humains.

Des douches infectées par le salpêtre

Imaginez-vous enfermé dans une cellule de 9m² avec deux autres personnes, et seulement 2 heures de sortie chaque jour, essentiellement concentrées sur la musculation, les douches – où vous ne vous laveriez même pas votre chien tant elles sont infectées par le salpêtre – et la promenade – où le plafond vous tombe quasiment sur la tête.

Dans la nuit, un détenu se lève pour allumer des cigarettes alors que vous ne fumez pas. Un autre va uriner plusieurs fois. Résultat, quand on ouvre la porte à 7 heures du matin, il arrive que l’on prenne un coup de lame ou un bol d’urine sur la tête. Il y a huit mois, j’ai déjà pris des coups de poing qui m’ont valu un arrêt maladie.

En 2015, on a eu des tirs de kalachnikovs sur les murs de l’enceinte et la porte d’entrée. Un collègue ne s’en est pas remis et est en arrêt maladie depuis. Chez nous, les agressions et les menaces sont devenues monnaie courante.

45 degrés en cellule

Cet été, nous avons négocié avec les instances judiciaires afin que la procureure de mette pas les petites peines en exécution immédiate, car cette période est particulièrement invivable pour tout le monde : avec moins d’activités et de cours, et une température qui monte à 45 degrés en cellule, la situation est explosive et nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir encore davantage de matelas au sol.

Nous savons néanmoins que les peines seront appliquées dès la rentrée, où nous nous retrouverons alors sûrement avec non pas 40, mais 80 matelas au sol, comme c’est déjà arrivé.

Des murs troués à l’infirmerie

Ce ne sont pas seulement les cellules qu’il faut revoir, mais toute l’infrastructure autour.

À l’infirmerie, des surveillants doivent entasser jusqu’à 15 détenus dans la salle d’attente de 5-6 m², si bien que certains s’énervent et tapent dans les murs, qui sont aujourd’hui troués. Certains reviennent de là énervés, car ils n’ont pas pu parler suffisamment longtemps avec l’infirmier, le psychologue ou le psychiatre.

Le stade, lui, n’est plus un terrain de sport mais un gruyère. On ne compte plus le nombre de détenus qui s’y sont foulé la cheville.

Quant à la salle de parloir, imaginez une pièce avec des chaises et tables en plastiques où vous entassez 140 personnes. C’est une salle où l’on a l’impression qu’un TGV passe en permanence tellement c’est bruyant. Le maintien des liens familiaux, censé être une de nos missions, devient très compliqué dans ces conditions.

Dans le climat actuel, nous craignons également que le fait d’entasser autant de détenus dans un endroit clôt ne favorise la radicalisation, pour laquelle nous ne sommes pas formés. Le prosélytisme est déjà très courant à la maison d’arrêt. Il est déjà arrivé que, du jour au lendemain, des détenus se mettent à faire la prière, ne mangent plus de porc et n’adressent plus la parole aux surveillantes.

Nous attendons les annonces du gouvernement

Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas ont annoncé lors de leur visite, ce 8 août, qu’un plan contre la surpopulation carcérale serait proposé à la rentrée. Une étude a d’ores et déjà été mandatée à Nîmes pour construire un bâtiment supplémentaire de 240 places.

Bien qu’il ne s’agisse que d’une solution temporaire, cela nous permettrait de souffler. Mais pas sûr qu’investir dans un établissement vieillissant qui sera très vite de nouveau surpeuplé soit une priorité pour l’État.

Nous attendons en tout cas avec impatience les déclarations de la rentrée : la situation à Nîmes ne peut plus durer.

L'Obs

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