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dimanche 24 janvier 2016

Riom : Le directeur du nouveau centre pénitentiaire répond au malaise des surveillants

À quelques jours de l’ouverture du nouveau centre pénitentiaire, Pascal Moyon, directeur, doit gérer le ras-le-bol de ses agents.

Le directeur du centre pénitentiaire de Riom regrette que le dialogue social ait avorté.? - photo pascal chareyron

Arrivé en Auvergne en 2010, Pascal Moyon s'est vu confier la lourde tâche d'orchestrer l'ouverture du nouveau centre de détention de Riom. À 53 ans, le directeur, originaire de Loire-Atlantique évoque l'ampleur du défi qui l'attend, et répond sans langue de bois au mal-être des surveillants (voir notre édition du 21 janvier).

 Le malaise des surveillants est palpable. Le comprenez-vous ?  Oui, le coeur du sujet, c'est le grand changement qui s'annonce. L'administration ferme trois structures (Clermont, maison d'arrêt et centre de détention de Riom) pour en ouvrir une nouvelle. On ferme des boutiques où les surveillants ont passé plus de vingt ans de leur vie. C'est très perturbant. 90 % d'entre eux se sont installés dans une logique, un confort de travail, une routine, la rupture est difficile. Sur les 212 surveillants, on a seulement 48 arrivées, ce type de ratio est inédit.

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 Comment allez-vous oeuvrer pour que la pilule soit plus digeste ?  C'est toute la difficulté de l'exercice… On peut les accompagner mais jusqu'à quelle hauteur ? On a commencé avec des plans de formation pour mêler les agents des trois structures, car les trois cultures pénitentiaires sont différentes. Elles sont liées à l'histoire de chaque lieu. Les agents ont visité le centre pénitentiaire de Roanne et participé à des journées d'information. Des groupes de travail ont enfin été constitués pour réfléchir ensemble sur les quartiers, les objectifs, l'organisation.

 Des groupes de travail qui ont échoué autour des plannings ?  Oui, le groupe de travail n'a pas bien fonctionné. Les organisations syndicales sont arrivées avec un produit fini, non viable. Quand le dialogue social ne se résume qu'au rapport de force, cela ne sert à rien. C'est le projet de l'administration pénitentiaire qui a donc été validé.

 Regrettez-vous cet échec, et le conflit social qui s'ensuit ?  Oui, bien sûr. C'est dommage car le service aurait pu sortir autrement. Mais rien n'est figé. On va mettre en place du dialogue dans le service. La structure est neuve, on est obligé de partir d'équerre.

 Une prison du XXI e siècle et des conditions du XIX e pour les surveillants. Le slogan vous irrite ?  Ça veut dire quoi ? On se compare aux détenus ? La structure neuve va servir à tout le monde. Les surveillants ont besoin de concret. Quand ils auront les deux pieds dedans, ils seront contents. Avec le système « Respecto », les détenus vont être responsabilisés et les surveillants vont pouvoir faire évoluer leur mission. 

« Le gymnase est mieux que celui de mes enfants… Mais la prison reste la prison ! » 

 Que répondez-vous à la faillite de leur autorité (loi Taubira) ?  Le métier de surveillant n'est pas simple. Ils gèrent des gens qui sont contraints et pas heureux d'être là. Et ne bénéficient pas forcément d'une reconnaissance de la société. Le retour d'estime est faible contrairement aux policiers, aux pompiers. Le cadre législatif a évolué, on a moins de marge, c'est sûr, mais c'est valable pour tout le monde. Le surveillant a toujours la possibilité de faire des comptes rendus d'incident et de demander une fouille en cas de suspicion.

 La paire de baskets offerte au détenu sage fait jaser…  Oui cela se fait à Mont-de-Marsan dans le cadre de la charte « Respecto ». On n'a rien décidé ici. On ne va quand même pas offrir des baskets aux surveillants ? Ils ont des félicitations, des lettres de récompenses. Ce ne sont pas des détenus ! Dans la nouvelle structure, ils auront l'occasion de se revaloriser au quotidien.

 Le nouveau centre pénitentiaire est comparé au Clud Med. Vous comprenez ?  On a invité des professionnels, des collectivités, des associations, des habitants à venir visiter la structure. C'est vrai que certains nous ont dit : "mais on n'a pas ça dans notre commune !" Le gymnase et l'unité de vie familiale ont fait parler. Je comprends… Le gymnase de mes propres enfants est moins bien. Mais on est sur un établissement moderne. Il accueillera des détenus mais aussi des fonctionnaires, des médecins, du personnel de l'Éducation nationale. L'État a fait un choix politique. Mais quel que soit le discours, la liberté reste la chose la plus précieuse. À 19 heures, les portes se ferment. La prison reste la prison.

 Un tel équipement favorise-t-il la réinsertion ?  Oui, la performance est améliorée. La prise en charge des détenus est individualisée. Les réponses sont adaptées au profil. C'est un établissement à réinsertion active.

 À quelques jours de l'ouverture du centre pénitentiaire, comment vous sentez-vous ?  C'est usant, stressant. Le rythme est infernal. J'ai hâte que ça ouvre, pour quitter le projet et retrouver mon coeur de métier. Depuis septembre 2014, je suis dessus. Jusqu'à huit mois en arrière, j'ai avancé seul.
 Si c'était à refaire, vous accepteriez le défi ?  Joker ! Aller à l'aventure… Si on savait tout on ne le ferait peut-être pas.

La Montagne

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