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mercredi 14 septembre 2016

Cellule ouverte contre comportement citoyen à la prison de Villepinte

La prison de Villepinte s’apprête à vivre une expérience rarement tentée en France et jamais encore dans une maison d’arrêt. 


Dans quelques jours, 140 détenus regroupés au bâtiment E, bénéficieront d’un régime privilégié : la porte de leur cellule sera ouverte en journée, ils auront un accès facilité au sport… en échange d’un engagement de bonne conduite et de 25 heures d’activités par semaine, éducation civique comprise.



 C’est le module « Respecto », directement inspiré de programmes en cours en Espagne.

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« Ce n’est pas un quartier de Bisounours », prévient Léa Poplin, l’énergique directrice de la prison et chef d’orchestre du dispositif. « Cette prise en charge alternative a pour but de lutter contre les violences et les incivilités, ce n’est pas un vain mot ici ! »

«L'enjeu ? Que les détenus se lèvent le matin, qu'ils se prennent en main»

En mai, un surveillant s’est fait casser le nez. L’an dernier, un prisonnier poignardait un gardien d’une lame dans le cou. « L’enjeu ? Que les détenus se lèvent le matin, se prennent en main. Il faut qu’on donne plus à ceux qui s’investissent, afin de leur apprendre ou réapprendre à être citoyens à part entière », poursuit la directrice.

Dans le module Respecto, il faut se lever tôt, faire son lit, se tenir à un planning d’activités et de corvées de ménage, assumer un rôle de référent à tour de rôle pour prévenir les conflits.

Les détenus concernés ont été sélectionnés sur lettre de motivation et entretien avec les surveillants et personnels du Spip (le service pénitentiaire d’insertion et de probation), deux acteurs clés du module.

Une cinquantaine de prisonniers ont été refusés et les « DPS », détenus particulièrement surveillés, sont d’office exclus. Ceux qui ont déjà été emprisonnés en Espagne se seraient montrés d’excellents promoteurs du dispositif.

Il suffisait en tout cas de passer une tête en prison cet été, pour entendre que ce module Respect était attendu avec impatience par les prisonniers, les uns s’interrogeant sur la date de mise en œuvre, les autres sur les possibilités d’y participer.

Période d'essai de 6 mois

Lorsqu’on est enfermé à plusieurs dans 9 m², la contrepartie annoncée est tentante : on peut avoir d’autres perspectives que de regarder la télé à longueur de journée, quitter sa cellule de 7 h 30 à midi et de 13 h 30 à 17 h 30, bénéficier de goûters familiaux, en dehors des traditionnels parloirs.

En cas d’écart, en revanche, pas de quartier. Il faudra s’expliquer devant un « comité technique » de surveillants et conseiller Spip, au risque de retourner dans son ancienne cellule. Même sanction en cas de violence, de trafic ou de détention de téléphone portable.

Dès le début de l’été, les 140 places étaient attribuées et une liste d’attente constituée. Une quarantaine de places supplémentaires restent ouvertes, à terme, aux nouveaux incarcérés.

Ce chantier a nécessité une importante réorganisation avec des déménagements en cascade et des travaux.

Chez les surveillants, le consensus n’y est pas (lire ci-dessous). Mais qui dit expérimentation, dit période d’essai. Dans six mois, ce sera l’heure du premier bilan.

Les surveillants divisés

« Ce module Respect va permettre de réduire la violence et de canaliser l’agressivité » espère Blaise Gangbazo, élu CFTC pour les gardiens, un point de vue qui ne fait pas l’unanimité chez ses collègues.

« C’est une détention à deux vitesses, et à plus de 1 000 détenus c’est une hérésie », fustige de son côté Philippe Kuhn (SPS). Pour lui, l’expérience des Landes n’est pas transposable à la région parisienne.

« La surpopulation est telle à Villepinte qu’il n’y aura plus de place pour remettre les détenus en détention normale si ça se passe mal », craint Erwan Saoudi (FO).

Conçue pour 588 détenus, la prison dépasse régulièrement depuis le mois de janvier 2016 le millier de prisonniers. Du jamais-vu en 25 ans.

La situation est d’autant plus préoccupante que l’intendance est toujours décriée. Depuis l’arrivée du nouveau prestataire, Gepsa, en janvier, des difficultés de cantine, ce système qui permet aux détenus de commander et de se faire livrer des produits de la vie courante, se répètent. Pour protester contre cette situation, les détenus ont plusieurs fois refusé de remonter de promenade, et les Eris, des unités spéciales, ont été appelées en renfort pour les faire remonter en cellule. L’administration pénitentiaire envisageait cet été des recours contre le prestataire et n’excluait pas de dénoncer le contrait. Mais rien de tel n’est encore annoncé.

L’expérience encourageante du centre pénitentiaire des Landes

« Une forte diminution des violences de détenus envers le personnel, des détenus plus occupés, des bâtiments plus calmes et plus propres, moins d’absentéisme chez les surveillants, une détention plus apaisée… »

Le bilan que dresse Alain Varignon de l’expérimentation « Respecto » à Mont-de-Marsan (Landes) laisse place à l’optimisme.

Avant de prendre ses fonctions à Gradignan, il dirigeait le centre pénitentiaire des Landes, où l’expérience a été tentée le 26 janvier 2015, dans le cadre du plan national de prévention de la violence.

« La directrice interrégionale avait créé un observatoire des violences, qui nous a conduits à nous intéresser à ce qui se pratiquait en Espagne. Nous sommes allés à Madrid pour rencontrer nos homologues et les quartiers pénitentiaires où ces modules avaient cours. Cela donnait plus d’autonomie aux détenus et redonnait du sens au cœur de métier des surveillants, qui ne sont pas que des porte-clés », se souvient André Varignon.

«C'est mieux que de regarder la télé»

A Mont-de-Marsan, depuis janvier 2015, 250 à 260 détenus en moyenne participent à ce module, soit pas loin de 40 % de la population carcérale. 150 exclusions ont été prononcées entre janvier 2015 et avril 2016.

Une trentaine de surveillants sont associés au projet. « Mais tous les surveillants ne veulent pas participer, c’est pareil pour les détenus, tous ne veulent pas être prêts à 7 h 30. Sont intégrés ceux qui veulent faire quelque chose de leur détention, c’est mieux que de regarder la télé », poursuit André Varignon, qui ne voit pas pourquoi cette expérience ne serait pas transposable ailleurs, au motif que les délinquants ne seraient pas les mêmes en Ile-de-France. « Il y a toujours quelques dizaines de détenus qui ont le profil », estime-t-il. Selon lui, ce module c’est « le pari de la confiance, mais ce n’est pas le Club Med », conclut-il.

Le Parisien

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