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dimanche 25 septembre 2016

Mort d’un détenu wattrelosien : un surveillant renvoyé au tribunal

Le 10 juin 2007, le Wattrelosien Aliou Thiam décédait à la maison d’arrêt de Loos d’une crise d’épilepsie sévère. 

 Aliou Thiam, 38 ans, est mort en détention le 10 juin 2007, après plusieurs crises d’épilepsie.

Neuf ans plus tard, le surveillant-chef en poste cette nuit-là est renvoyé devant le tribunal pour « non-assistance à personne en danger ». Une décision extrêmement rare.



A-t-on tout fait pour éviter la mort d’Aliou Thiam, un père de famille de 38 ans, mort en détention alors qu’il purgeait une peine de prison pour «  des violences mineures  » ?

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Il reviendra aux juges de répondre à cette question. Après plusieurs années d’investigations, un juge d’instruction vient de renvoyer un surveillant pénitentiaire devant le tribunal correctionnel de Lille. Mis en examen pour «  homicide involontaire  », cet homme de 41 ans sera finalement jugé pour «  non-assistance à personne en danger  ».

Première alerte à 6 h 15

«  Nous lui avons rendu visite le samedi après-midi, expliquait Oumou, la mère du défunt, quand nous l’avions rencontrée en juin 2011. Je n’ai rien vu d’anormal. Il nous parlait de ses projets, de sa sortie. Sa fille lui disait que c’était bientôt son anniversaire. Il lui a répondu qu’elle ne devait pas s’en faire, qu’il allait sortir bientôt.  » Elle ne le reverra jamais vivant. Aliou est mort le lendemain, le dimanche 10 juin 2007.

L’information pour «  recherche des causes de la mort  » ouverte le lendemain par le parquet de Lille conclura à une «  prise massive de méthadone ayant abouti à une dépression progressive du système nerveux central  ».

Une mort par overdose qui s’ajoute à d’autres dans cette maison d’arrêt et qui conduira d’ailleurs le parquet lillois à s’interroger sur les modalités de distribution des médicaments de substitution au sein de la maison d’arrêt de Loos.

Mais la famille d’Aliou doute de cette version et ne va pas ménager ses efforts. En 2009, un second expert lie le décès à un «  état de mal épileptique  » qui aurait pu être traité avec une «  prise en charge immédiate  ».

Du sang sur l’oreiller

Les surveillants sont-ils suffisamment formés pour détecter ces signes avant-coureurs ? Cette nuit-là, l’équipe est composée de deux gardiens : le premier surveillant et un rondier. Vers 6 h 15, ce dernier est alerté par les cris du codétenu de Thiam qui indique que le trentenaire s’est évanoui.

Le fonctionnaire prévient son chef pour qu’il lui ouvre la porte de la cellule. Il note un filet de bave sanguinolente, du sang sur les lèvres, sur l’oreiller.

Aliou Thiam, «  hagard  », dit que tout va bien. Un peu plus tard, le Wattrelosien est frappé d’une seconde crise. On note simplement l’événement sur le livre de bord de l’infirmerie.

«  Si le moindre doute avait subsisté lorsque je suis allé le voir à deux reprises, je n’aurais pas hésité à faire appel aux secours. Je maintiens qu’il ne présentait aucun signe de détresse pour sa santé ou pour sa vie  », a pourtant déclaré le surveillant-chef aux enquêteurs.

Aliou Thiam est laissé en cellule, sans surveillance particulière. Tout juste se borne-t-on à prévenir l’équipe pénitentiaire de jour qui prend son service, dès 7 h. Nouvelle visite. Face à un Aliou Thiam au teint «  cireux  », l’équipe de jour décide de le conduire à l’infirmerie. Vers 9 h, en salle de soins, il est victime de «  violentes convulsions  ». Il ne s’en relèvera pas.

Le décès d’Aliou Thiam a-t-il été précédé de signes cliniques qui auraient dû alerter le personnel pénitentiaire ? Ces surveillants ont-ils mesuré la gravité de l’état de santé du Wattrelosien ?

«  Réponse fin 2016, début 2017  », dit Me Gildas Brochen, l’avocat de la famille Thiam, qui se félicite de la décision du juge d’instruction.

Nous avons tenté en vain de joindre l’avocat du surveillant-chef renvoyé devant le tribunal correctionnel.

Une première victoire: la condamnation de l’État pour faute

Parce qu’ils se battent pour la «  vérité  » et parce qu’ils souhaitent que les «  choses changent, que les détenus ne meurent plus en prison  », les proches d’Aliou Thiam n’ont pas ménagé leurs efforts. Ils ont même attaqué l’État.

Dans un jugement en date du 23 juillet 2015, le tribunal administratif de Lille l’a d’ailleurs condamné à leur payer 34 000 euros. Le juge administratif pointait «  un défaut de prise en charge et d’information sur la gravité de l’état  » de la victime.

En clair : le tribunal reprochait au personnel de la maison d’arrêt le non-respect du protocole de soins signé à l’époque avec le CHR de Lille en cas d’urgence vitale d’un détenu et l’absence de transmission des informations médicales des surveillants au personnel de santé. Victime à trois reprises de crises particulièrement violentes, Aliou Thiam n’avait été ausculté par du personnel soignant que trois heures après le premier malaise.

Pour condamner l’État à payer ces 34 000 euros, les juges ont estimé que la faute de l’administration avait concouru au décès du jeune Wattrelosien mais n’en était pas la cause exclusive. Pour l’observatoire international des prisons, l’OIP, «  cette condamnation de l’État illustre la défaillance structurelle du système d’organisation des soins dans les prisons françaises qui ne disposent d’aucune présence médicale la nuit voire le week-end  ».

Nord éclair

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