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lundi 16 janvier 2017

Les prisons au Japon, un refuge pour les vieux détenus

Au Japon, les prisons aussi sont peuplées de têtes blanches, qui y coulent sinon des jours heureux, du moins une existence encadrée et rassurante avant de retrouver une liberté pleine d'incertitudes.

Les prisons au Japon, un refuge pour les vieux détenus

Réveil à 06H45, petit déjeuner 20 minutes plus tard, à son poste à 08H00 précises: le quotidien est immuable pour ce détenu octogénaire qui trouve dans cette stabilité un certain réconfort et craint le jour où il quittera sa cellule.


"Je ne sais quelle sera ma vie quand je sortirai. Une fois dehors, je m'inquiéterai pour ma santé et ma situation financière", confie-t-il à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

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Il purge sa peine à la prison de Fuchu, dans la banlieue de Tokyo, pour tentative de vol. Son cas n'est pas unique: de nombreux papis se retrouvent derrière les barreaux pour de petits délits.

En 2015, près de 20% des personnes arrêtées ou interrogées par la police avaient plus de 65 ans, contre seulement 5,8% en 2000, selon des statistiques officielles, une proportion qui fait écho à l'évolution démographique du Japon, où les personnes de cet âge représentent désormais plus du quart des habitants.

"Le travail des gardiens de prison devient de plus en plus similaire à celui d'infirmiers, c'est un problème", déplore un responsable du ministère de la Justice, Shinsuke Nishioka.

A Fuchu, le plus grand centre pénitentiaire pour hommes du pays, on ne craint pas que les prisonniers se fassent la belle: les tâches consistent plutôt à changer la couche de certains détenus et à les aider à prendre le bain.

"Les vieux prisonniers sont parfois durs d'oreille, ils ne comprennent pas les instructions, et ils doivent souvent aller aux toilettes", raconte M. Nishioka. "C'est difficile. Nous aurions besoin de plus d'agents".

Face à ce vieillissement de la population carcérale, le gouvernement projette d'envoyer du personnel soignant qualifié dans la moitié des 70 prisons du pays à partir d'avril. Il prévoit aussi de faire appel à des coachs sportifs dédiés aux prisonniers âgés dans un plus grand nombre d'établissements.

Pour les détenus, la prison n'est pas la panacée, la vie est monotone et emplie de restrictions. Pourtant de nombreux seniors préfèrent ce mode de vie, qui leur fournit abri, nourriture et soins médicaux, à un monde imprévisible.

"Ils n'ont pas à se soucier des choses du quotidien", explique Yukie Kuwahara, chargé du bien-être des prisonniers.

A l'extérieur, ils peinent à se faire une place dans la société et le taux de récidive est élevé: environ 70% d'entre eux sont renvoyés en cellule dans les 5 ans.

"Si autant d'anciens condamnés âgés retournent en prison, c'est parce qu'il est difficile pour eux d'être financièrement indépendants. Trouver un logement et un travail est extrêmement compliqué", souligne Akio Doteuchi, chercheur au sein de l'institut NLI. "En outre, ils sont isolés socialement alors que de plus en plus de gens habitent seuls".

Pour les préparer à leur nouvelle vie, la prison de Fuchu propose, à l'approche de la date de sortie, des jeux de rôle simulant des entretiens d'embauche et des cours sur les différents services de sécurité sociale.

Des "lieux de transition" ont aussi été mis en place afin d'accompagner les détenus dans leurs premiers pas. L'un d'entre eux, Ryozenkai à Tokyo, fournit par exemple des formations en informatique, des leçons de bonnes manières ou encore le couvert le soir pendant des séjours de 16 semaines.

Selon son directeur Terumi Obata, cette durée est cependant trop courte, car le risque de retomber dans la délinquance est très important dans les deux premières années sans soutien adéquat. "Aider les ex-prisonniers à restaurer la confiance" avec le reste de la société "est crucial", estime-t-il.

"La vie est plus dure dehors", confirme une ancienne détenue, interrogée par l'AFP. Aujourd'hui âgée de 60 ans, elle a passé 15 ans en prison pour meurtre. A sa sortie, "tout avait changé, des téléphones portables aux tourniquets automatiques" dans les transports, dit-elle.

Après avoir trouvé un emploi comme femme de ménage, elle assure avoir tourné une page. Sa mission désormais: "travailler plus régulièrement pour donner une part de mon salaire à la famille de la victime".

L'Echo Républicain

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