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vendredi 24 mars 2017

En prison avec François Hollande

Le chef de l'Etat s'est rendu mercredi après-midi à la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Du jamais-vu pour un président français depuis 1974. "L'Obs" y était.

En prison avec François Hollande

François Hollande est entré dans l'histoire de la justice française par une petite porte. Celle de la cellule N°101 située au rez-de-chaussée du bâtiment E de la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis).


Le détenu incarcéré-là, Abdelkrim G., est un petit homme âgé d'une cinquantaine d'année, qui attend son procès aux assises le mois prochain. Il s'éclipse rapidement lorsque le chef de l'Etat se présente à l'entrée de sa cellule. Fuyant la petite troupe qui menait la visite présidentielle, il se glisse vers la cour attenante, à dix mètres de là.

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Le président, lui, s'avance à l'intérieur même de la cellule, guidé par la directrice de l'établissement pénitentiaire Léa Poplin. Il reste un instant songeur, face aux deux lits superposés où des couvertures marron sont impeccablement posées. Il jette un œil à la petite table collée aux murs blancs propres et lisses, aux barreaux et aux montants des fenêtres peints en roses et aux affaires posées là : une bouteille d'huile de tournesol, quelques pommes de terre et des oignons sont rangés dans un coin près de l'évier et de la plaque chauffante.

Puis dans la petite cour où Abdelkrim G. a trouvé refuge, le président de la République vient serrer les mains de deux détenus. Deux solides gaillards, l'un porteur d'une chemise à grands carreaux rouge et noir, l'autre d'un tee-shirt de sport gris et d'un brassard barré de la mention "module de respect" - le nom du programme-pilote mené ici et qui justifie le voyage de tant d'autorités.

Du haut d'un bâtiment voisin, moins disciplinés, des prisonniers en cellule qui ont reconnu le chef de l'Etat commencent à pousser des cris de singe, à hurler son nom et à lancer des phrases incompréhensibles sur son scooter. N'y prêtant pas attention, François Hollande passe de longues minutes à bavarder avec les détenus de la cour qui lui expliquent combien ce quartier de la prison fonctionne dans la tranquillité.

Les crieurs des étages se lassent rapidement. Le dialogue se poursuit et la scène en devient presque ordinaire, comme si ce genre de visite était monnaie courante.

Pourtant, les chefs d'Etat ne se rendent jamais en prison. Aux Etats-Unis, en juillet  2015, Barack Obama fut le premier président des États-Unis en fonction à franchir les portes d'un pénitencier, dans l'Oklahoma, et à discuter avec des prisonniers. En France, Nicolas Sarkozy a bien inauguré le centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne) en  septembre 2011, mais c'était avant que celui-ci ne soit mis en service.

Voilà donc plus quarante-trois ans qu'un chef de l'Etat ne s'est pas rendu dans un lieu de détention. Le précédent remonte à l'été 1974 quand, accompagné de sa secrétaire d'Etat aux prisons Hélène Dorlhac de la Borne, le président Valéry Giscard d'Estaing avait visité  Saint-Joseph et Saint-Paul de Lyon où il avait symboliquement serré la main d'un détenu avant de proclamer que "la prison, c'est la privation de la liberté d'aller et venir, et rien d'autre".

François Hollande marque l'histoire d'un pas tranquille

A Villepinte, accompagné de son garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas et d'une cohorte de gradés de la pénitentiaire - procureur, président du tribunal et conseillers - François Hollande marque l'histoire d'un pas tranquille. Pas la moindre allusion aux affaires politico-financières du moment.

Exclusivement concentré sur "le module respect", cette unité créée en septembre dernier dans laquelle les détenus, en échange d'un engagement à respecter les règles, bénéficient de plus de libertés lors de leur détention, le président descend dans la grande cour de promenade où évoluent une centaine de détenus, tous des hommes jeunes, occupés pour certains à fumer et à bavarder, pour d'autres à jouer au football ou au basket.

Les gardes du corps présidentiels sont aux aguets, gardant en ligne de mire les deux uniques petits sas qui permettraient une évacuation en cas de tension. L'établissement affiche une occupation de 1.100 détenus pour une capacité de 582 places, soit un taux de surpopulation de près de 190%. On y recense chaque année 74 agressions. Fin 2016, dans une cour voisine, des détenus ont même réussi à défier tous les contrôles pour filmer avec leurs téléphones et diffuser sur Facebook un "mannequin challenge" de leur cru, exhibant des liasses de billet de banque et mimant un deal de barrettes de haschich.

Dans cette cour dédiée au programme "respect", la déambulation présidentielle demeure pourtant tranquille. Alignés au pied des grillages, à bonne distance, des dizaines de jeunes détenus observent, sans s'avancer, formant une sorte de barrière humaine. D'autres viennent serrer la main de François Hollande. Un autre, Jafari, nous a repéré comme journaliste et voudrait qu'on écrive son prénom dans le journal. Un directeur du ministère de la Justice prend quelques photos avec son téléphone. Trois joueurs de baskets suspendent le jeu et lancent au président, rigolards, qu'"on ne change pas une équipe qui gagne."

L'ancien homme d'affaires Pierre Botton, passé par la prison et aujourd'hui à la tête de l'association "Ensemble contre la récidive", suit la scène sans trouver sa faconde habituelle tant il semble éberlué :

"C'est très très courageux que qu'il fait là ! C'est un bon signe pour la République ! C'est très courageux."

Son association mène, au cœur de la maison d’arrêt de Villepinte, un projet de réinsertion par la pratique de l'équitation. Dans un enclos, au fond de la cour, deux chevaux gambadent, pris en charge par un groupe de détenus. Le président s'en approche. Imperceptiblement, chacun sent qu'il est temps de quitter la cour, François Hollande continue de saluer ceux qu'il croise. Comme si la population carcérale n'était au fond qu'une population ordinaire.

Le modèle vient des prisons espagnoles

Face aux personnels de l'administration pénitentiaire, revenus dans une salle de réunion, les visiteurs louent les effets du module "Respect" que la maison d'arrêt de Villepinte est la première à expérimenter. Le modèle vient des prisons espagnoles. Les portes des cellules demeurent ouvertes et les prisonniers circulent librement dans leur étage à condition de respecter mille règles de conduite et même de rangement. "Certains détenus du programme sortent pour des raisons disciplinaires ?", s'inquiète le président. La directrice, Léa Poplin, confirme : au moindre incident, c'est le retour à la détention ordinaire.

Cadres, enseignants et psychologues rattachés à la pénitentiaire saluent les effets bénéfiques du programme. Comme un écho au rapport alarmant de la contrôleure générale des prisons publié le matin même, Hollande  veut  adresser à tous "un message de soutien, de reconnaissance et de gratitude à l'égard des personnels de l'administration pénitentiaire". Aux uniformes, il lance :
"Vous faites un travail très difficile, très exigeant, très dur. Mon devoir c'est de faire en sorte que nous renforcions les moyens et les crédits…"

"Le programme "Respect" ne doit plus être une expérience mais une politique." Si n'y avait pas l'aide de camp de l'Elysée qui transmet, l'air grave, les dernières informations de l'attentat survenu à Londres au même moment, cette plongée dans l'univers carcéral serait un rendez-vous dans administration comme une autre.

Avant de quitter les lieux, François Hollande confie pourtant à "l'Obs" qu'il a bien la conscience que cette visite prendra sa place dans l'histoire des prisons françaises. "Je sais bien que seul VGE avait fait cela avant moi, cela lui avait valu bien des critiques !" Il assure qu'il ne voulait pas jeter ici un simple "regard" : "Ce n'est pas seulement pour dire qu'aucun lieu de l'administration ne doit exister sans que la République ne le regarde. Je voulais dire et faire savoir que cette initiative ici [Respect, NDLR] est exemplaire".

Qu'a-t-il ressenti ? A-t-il été gagné par l'effroi qui parfois saisit les hommes politiques face à la prison ?...

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