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jeudi 22 décembre 2016

Marseille : la prison des Baumettes tourne une page de son histoire

Le bâtiment historique qui date des années 30 va être détruit pour laisser la place aux Baumettes II et III. Reste le problème de la surpopulation.

Le bâtiment historique est insalubre.

« Mettez un casque, parce que tout s'écroule ! » : ce conseil teinté d'ironie lancé par un syndicaliste au garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas lors d'une récente visite résume à lui seul l'état des Baumettes, dont le programme de rénovation est désormais en marche, une petite révolution pour la myhtique prison marseillaise.


Venu à Marseille inaugurer début décembre le nouveau quartier de 573 places, construit à la place de bâtiments annexes et qui doit ouvrir en avril, le ministre a d'abord fait une longue visite du site existant, dont la fermeture est prévue en 2018.

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Les représentants syndicaux le mettent alors en garde : on ne lui montrera que « ce qu'on veut bien lui montrer ». Sous-entendu : pas le pire de cette prison vieille de 80 ans. C'est pourtant dans un bâtiment austère, aux dalles déformées et fissurées, aux coursives étroites, aux toits jonchés de détritus et aux cellules sinistres et surpeuplées que s'engage le cortège ministériel. Quelques jours auparavant, un escalier s'est écroulé – dans une partie non occupée, assure l'administration pénitentiaire.

Surpopulation carcérale

Avec 1 608 détenus hommes hébergés pour une capacité de 1 153 et 124 femmes pour 67 places, les Baumettes sont le plus important établissement pénitentiaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

« Notre premier problème, c'est la surpopulation carcérale », reconnaît Philippe Peyron, le directeur interrégional des services pénitentiaires, évoquant une situation dégradée dans toute la région.

Les détenus sont deux, parfois trois par cellule. En décembre 2012, le contrôleur général des prisons avait dénoncé avec fracas la situation de l'établissement : surpopulation, insalubrité, rats qui pullulent, douches cassées et crasseuses, carence d'eau potable, coursives inondées par mauvais temps...

Depuis, la situation s'est améliorée, d'après Philippe Peyron, sans toutefois nier les difficultés.

Pour Me Julien Pinelli, un avocat du barreau d'Aix-en-Provence, on assiste au contraire à « une dégradation constante des conditions de détention avec l'encellulement multiple, un manque d'accès aux soins » ou encore des problèmes dans « l'organisation des parloirs ou l'acheminement des cantines », les achats des prisonniers, et de fréquentes agressions à l'arme blanche.

Devant l'impossibilité de rénover ce bâtiment des années 30, les pouvoirs publics ont décidé de tout détruire, pour reconstruire.

D'abord, en ouvrant les Baumettes II, le bâtiment inauguré par Jean-Jacques Urvoas, puis en rasant les Baumettes historiques en 2018 pour bâtir à la place un nouvel établissement, les Baumettes III, promis pour 2021.

Le contraste est saisissant : le bâtiment historique des Baumettes, gris, délabré, bruyant, est sinistre.

Celui des Baumettes II, aux tons bleus, blancs, ocres, à l'acoustique soignée, aux cellules encore immaculées, pourrait passer pour une paisible résidence étudiante. « Je me suis mis dans la tête d'un enfant qui rendrait visite à son père ou sa mère », explique Guillien Bernard, du cabinet Archi5, qui a réalisé le bâtiment en souhaitant créer « une vision apaisée et non anxiogène » de la détention.

Conditions favorables au travail

Si les conditions seront selon Philippe Peyron « objectivement meilleures » tant pour les détenus que pour les surveillants, ce ne sera pas « la panacée », convient-il.

D'abord parce que l'arrivée dans un établissement neuf constitue une perte de repère chez les détenus.

Ensuite, parce que la surpopulation ne va pas disparaître. « On va ouvrir à quasiment 200 % de surpopulation, parce qu'on n'a pas le choix », explique Philippe Peyron. Une partie des détenus sera toutefois transférée dans les autres établissements de la région.

Enfin, si la loi pénitentiaire oblige depuis 2009 à proposer aux détenus des conditions favorables au travail, à la formation et aux activités, seule une infime minorité de détenus y a accès actuellement.

Et si le nouvel établissement a été conçu autour de cette philosophie, « le problème, c'est l'offre », souligne Philippe Peyron : les contraintes de sécurité et de logistique sont fortes et « il faut une fibre sociale » pour faire travailler des détenus.

Le travail et le logement sont pourtant « deux facteurs clefs » pour la réinsertion, regrette Philippe Peyron. L'enjeu est d'autant plus important que « la plupart des personnes dans cet établissement sont présumées innocentes », en attente de jugement en première instance ou en appel, rappelle de son côté Me Pinelli.

Le Point

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