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vendredi 9 décembre 2016

Urvoas : "La prison n'est pas un angle mort de la démocratie"

Nos prisons ne sont pas des hôtels et elles ne sont plus des bagnes", explique Jean-Jacques Urvoas, le garde des Sceaux. Il s'explique en détails pour La Provence

Politique - Urvoas : La prison n'est pas un angle mort de la démocratie

Vous vous rendez ce vendredi à Marseille avec trois bonnes raisons :
l'ouverture du congrès des tribunaux de commerce, l'installation de la nouvelle présidente du tribunal, mais surtout l'inauguration de l'extension du centre pénitentiaire "Baumettes 2", la tranche de travaux désormais achevée. Quel message portez-vous dans vos bagages?

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Jean-Jacques Urvoas : Je saisis toutes les occasions qui me sont données pour attirer l'attention sur l'univers carcéral. Il n'est pas suffisamment connu pour le travail qui y est accompli. J'ai un devoir : faire savoir ce qui s'y fait. La prison n'est pas un angle mort de la démocratie. La prison incarne la sanction. Inaugurer l'extension du centre pénitentiaire "Baumettes 2" permet de donner un coup de projecteur sur le principal problème : la surpopulation.

Qu'en est-il justement de la surpopulation pénale dans notre région?

J-.J.U. : Elle est une des conséquences du temps que prend la construction de nos établissements pénitentiaires. En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, nous avons à ce jour 2 000 détenus en situation de surpopulation. Le programme que je vais inaugurer aujourd'hui a été décidé le 27 janvier 2009 et c'est Christiane Taubira qui en a posé la première pierre en 2013. En moyenne, il faut dix ans pour construire une prison.

Vous poursuivez donc le programme de construction de prisons ?

J-.J.U. : Oui, un programme de 33 établissements nouveaux a été lancé après l'annonce du Premier Ministre le 6 octobre à l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire. Sur ces 33 établissements, 8 se trouvent en Paca. Marseille disposera d'une prison nouvelle, autour de 600 places, une maison d'arrêt. Le préfet a jusqu'au 16 décembre pour chercher et trouver un terrain d'une quinzaine d'hectares pour la bâtir, mais d'autres établissements seront construits à Nice, Grasse ou Fréjus, Toulon et Avignon ou Carpentras.

Vous avez toujours défendu l'idée de l'encellulement individuel. Vous maintenez ?

J-.J.U. : Evidemment, c'est même une obligation qui est inscrite dans le Code pénal depuis 1875... et on n'y est quasiment jamais arrivé. Je suis habité par l'idée de faire du temps de la prison un temps utile. Il en va du respect de la dignité de l'individu. Il faut utiliser ce temps pour préparer le retour dans la société. La vétusté de la prison des Baumettes a été reconnue. De nombreux travaux ont été réalisés. 72 % des cellules ont été rénovées. Mais à deux détenus par cellule, voire trois parfois, avec un matelas par terre, vous ne pouvez pas préparer la sortie de prison et la réinsertion.

Et les personnels pénitentiaires ?

J-.J.U. : Si les détenus vivent dans des conditions déplorables, les personnels pénitentiaires qui y travaillent vivent dans des conditions identiques. Aux Baumettes, par exemple, songez qu'en 2016, 69 agressions physiques ont été recensées contre des surveillants. J'ai le devoir de protéger les personnels pénitentiaires. C'est aussi pour cela que nous contruisons un nouveau bâtiment de 560 places, avec 300 places pour les hommes, 174 places pour les femmes et une petite unité à vocation médico-psychologique. On va ensuite pouvoir détruire une partie historique de la prison des Baumettes pour lancer "Baumettes 3", la 3ème tranche de travaux, avec la création de 640 places à l'horizon 2020. De plus, à ce jour, 250 millions d'euros ont été dédiés à la rénovation du bâtiment historique ; 447 cellules ont été refaites.

Vous êtes toujours favorable à l'entrée des journalistes en prison ?

J-.J.U. : Toujours. On n'a pas à craindre le regard du citoyen sur l'univers carcéral. Nos prisons ne sont pas des hôtels et elles ne sont plus des bagnes. La fonction pénitentiaire a une noblesse. L'an prochain, le ministère de la Justice va recruter 2 500 surveillants de prisons. Le métier n'est pas suffisamment attractif, parce que ce qui est fait dans nos prisons reste trop méconnu. Bien sûr que les journalistes doivent entrer en prison avec nos parlementaires pour montrer tout cela.

Quand les policiers sont descendus dans la rue, ils ont accusé la justice de "laxisme". Que leur répondez-vous ?

J-.J.U. : Les fonctionnaires de police, quand ils parlent de leur métier, mettent en avant leur conscience professionnelle, les valeurs de service public qu'ils poursuivent, la recherche de l'efficacité, de la rapidité. Ce qu'ils disent de leur éthique professionnelle, pourquoi le refuser aux magistrats ? Le métier des magistrats, c'est de juger. Je ne connais pas de magistrat qui se lève le matin en disant: aujourd'hui, je vais être complaisant avec les délinquants. Ils ont devant eux des dossiers étayés. On ne peut pas considérer que nos prisons sont surpeuplées et dire que les magistrats sont laxistes. L'enquête de police n'est qu'une étape dans la procédure judiciaire. Le temps de la justice n'est pas celui de la police. Tout cela est un chaînage vertueux. La police interpelle, la justice sanctionne. Le magistrat doit veiller au respect des droits de la défense, au contradictoire. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de sanctions.

Avez-vous pris une décision sur les islamistes radicalisés en détention ? Faut-il les isoler ou les regrouper ?

J-.J.U. : Ma conviction est forgée, j'ai annoncé le 25 octobre les différentes étapes. D'abord, il faut identifier ce que sont les détenus dangereux. Il faut un bon outil de renseignement dans nos prisons. Au 1er février 2017, nous disposerons au sein de la sous-direction de la sécurité, d'un bureau central du renseignement pénitentiaire. D'abord, détecter donc. Ensuite, il faut évaluer la dangerosité pénitentiaire. Nous allons créer six structures d'évaluation des détenus radicalisés violents. Ces six unités seront de 100 places chacune et l'évaluation durera 4 mois pour ne pas être leurrés par les stratégies de dissimulation. Pour les détenus particulièrement violents, on va identifier 300 à 500 places avec des cellules dédiées dans différents établissements. Ils ne seront jamais plus de 5 à 10 à chaque fois par prison. Il ne s'agit donc ni d'isolement ni de détention classique. Pour les moins violents, dans les 188 prisons de France, on a repéré environ 30 établissements avec des bâtiments dédiés à ces détenus. Il y aura une prise en charge individualisée pour les sortir du processus de violence. Enfin, pour ceux dont on estime la dangerosité moindre, ils resteront dans les autres établissements et seront suivis par les binômes de professionnels. J'ai décidé d'arrêter l'expérience des unités dédiées. On a suffisamment de recul pour se lancer dans un autre processus.

Quel est donc le bilan chiffré de ces détenus en situation de radicalisation ?

J-.J.U. : On a aujourd'hui en France 373 détenus prévenus et condamnés pour association de malfaiteurs à visée terroriste que nous identifions comme des détenus islamistes terroristes et 1 342 autres détenus surveillés pour radicalisation, mais incarcérés à la suite de faits de droit commun.

Vous ouvrez ce jour à Marseille le Congrès national des tribunaux de commerce. Quel message portez-vous à ces juges ?

J-.J.U. : Je veux rassurer les tribunaux de commerce. Ils sortent de trois années de réformes. Voilà, trois ans qu'ils sont dans un environnement évolutif. Je suis porteur d'un message de sérénité et d'apaisement. L'empereur romain Marc Aurèle disait que "seul un esprit serein est en capacité de juger". Notre loi de modernisation de la justice du 21e siècle va accorder aux juges des tribunaux de commerce un véritable statut mais elle va aussi leur donner des obligations déontologiques.

La Provence

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